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Plus de 5 700 enfants sortis du travail grâce à l’action de l’Internationale de l’Éducation et de ses syndicats affiliés

Publié 11 juin 2026 Mis à jour 11 juin 2026

L’Internationale de l’Éducation et ses affiliées participent à un programme qui renforce les capacités des enseignant·e·s et mobilise les communautés contre le travail des enfants. Cette approche, qui combine renforcement des compétences, partenariats syndicaux et engagement communautaire, produit des résultats remarquables et des changements durables.

L’histoire de Mme Joyce, enseignante à l’école de Mulali à Kagulu (Ouganda), et de l’une de ses élèves illustre le pouvoir d’une action conjointe des enseignant·e·s, des syndicats et des communautés.

Mary, âgée de 13 ans, n’était plus scolarisée depuis 2024, après le décès de sa mère. Son père, remarié, refusait de payer ses frais scolaires et attendait d’elle qu’elle travaille à l’entretien de jardins tout en assumant les tâches ménagères. Lorsque son père a arrangé un mariage contre sa volonté, elle s’est précipitée chez son ancienne enseignante, Mme Joyce.

Après avoir pris connaissance de la situation, Mme Joyce s’est déplacée chez le père de Mary pour lui expliquer qu’investir dans l’éducation de sa fille serait bénéfique à long terme. D’abord réticent, il a fini par céder grâce à la persévérance de Mme Joyce, acceptant que sa fille retourne à l’école.

Mme Joyce explique que la formation reçue via son syndicat a renforcé sa confiance pour mener ce type de dialogue : « Avant la formation, j’aurais peut-être essayé d’aider cette fille, mais j’aurais rapidement abandonné. Maintenant, je persévère jusqu’à réussir à aider l’enfant ». Ce qui la motive, c’est l’idée que « ce qu’un enfant deviendra dans la vie — ce qu’elle accomplira — sera en partie grâce à une enseignante comme moi ».

Mis en œuvre par 15 syndicats de l’éducation dans 11 zones réparties dans 8 pays africains, le programme a permis à plus de 5 700 enfants comme Mary de retourner à l’école en 2024 et 2025. La fréquentation scolaire, les inscriptions et les résultats académiques se sont nettement améliorés. L’impact sur les filles est notable, avec une diminution des mariages et des grossesses précoces dans les zones d’intervention.

Grâce à la formation des enseignants, à l’implication des leaders locaux et à la promotion du dialogue social au niveau communautaire, les zones libres de tout travail d’enfants transforment profondément la perception des parents vis-à-vis de l’école, permettant aux enfants d’accéder à des opportunités auparavant hors de portée.

Avec le soutien de l’Internationale de l’Éducation (IE), de l’AOb (Pays-Bas), de la Fondation Fair Childhood de la GEW (Allemagne), de la NEA (États-Unis) et de Mondiaal FNV (Pays-Bas), plus de 850 enseignant·e·s et direct∙rice∙s d’établissement ont été formés et 11 zones libres de tout travail d’enfants sont établies au Burundi, en République démocratique du Congo, au Malawi, au Mali, en Ouganda, au Sénégal, au Togo et au Zimbabwe.

Une approche portée par les communautés pour ramener les enfants à l’école

Contrairement à de nombreuses organisations qui se limitent à financer les frais de scolarité, l’approche de l’Internationale de l’Éducation repose sur une vision à plus long terme et durable, en donnant aux enseignant·e·s les moyens d’identifier et de lever les obstacles structurels à la scolarisation.

Les enseignant·e·s et directions d’école sont formé·e·s aux droits de l’enfant, à l’impact négatif du travail des enfants et à l’abandon des châtiments corporels au profit de méthodes pédagogiques positives. Ils et elles sont encouragé·e·s à être les moteurs du changement dans leurs communautés, en mobilisant leaders locaux, parents et enfants. Le programme comprend également des campagnes de sensibilisation et la création de clubs de droits de l’enfant au sein des écoles situées dans les zones des projets syndicaux.

L’implication des leaders locaux a conduit à l’adoption de règlements locaux interdisant le travail des enfants dans plusieurs villages, contribuant à changer les mentalités autour du retrait des enfants de l’école.

Avec toute la communauté sur la même longueur d’onde, les communautés villageoises peuvent plus rapidement identifier les élèves régulièrement absents et intervenir pour les aider. Les enseignant·e·s, les parents et le personnel de gestion scolaire partagent les informations et assurent le suivi des élèves qui ne sont pas à école et qui peuvent dès lors être impliqués dans le travail des enfants.

Les élèves eux-mêmes jouent un rôle clé, comme l’explique un représentant de ZIMTA (Association des enseignants du Zimbabwe): « Dans toutes les écoles, les enfants signalent désormais les cas de leurs pairs non scolarisé·e·s. Auparavant, les enfants ne dénonçaient que les abus. Aujourd’hui, ils et elles signalent aussi toute situation liée au travail des enfants. »

La sensibilisation crée un effet d’entraînement dans les communautés voisines. En relayant l’importance de cette question auprès de leurs proches et connaissances, les parents déjà formés contribuent à élargir la prise de conscience des effets néfastes du travail des enfants sur la vie des enfants.

Une membre d’un comité de développement scolaire au Zimbabwe a décrit ces échanges :« Je dis aux parents qu’à l’ère technologique actuelle, la vie est très difficile sans éducation. Même s’ils n’ont pas eu cette chance, ils ne doivent pas la refuser à leurs enfants. J’explique aux enfants que l’éducation ne se limite pas aux apprentissages académiques, mais que l’école leur permet aussi d’acquérir de nombreuses compétences utiles tout au long de leur vie ».

Cette diffusion progressive et naturelle de l’information et des comportements au sein des communautés permet au projet de rester efficace bien au-delà des campagnes et formations initiales, rendant l’initiative auto durable d’une manière que peu d’organisations parviennent à atteindre. Elle permet également de réduire la dépendance aux contraintes budgétaires. Cet aspect est souligné par Hilary Yuba, coordinatrice du projet syndical au Zimbabwe, qui évoque le scepticisme initial de certains élus locaux : « Au début, les conseillers étaient déçus par notre budget, surtout lorsqu’ils le comparaient aux budgets beaucoup plus importants de certaines ONG… Mais nous leur avons dit : “Laissez-nous faire, nous savons comment procéder.” Aujourd’hui, ils constatent que notre approche produit des résultats solides. Cela leur a ouvert les yeux sur le fait qu’il est possible d’accomplir beaucoup avec des ressources limitées. »

Défendre le droit des filles à l’éducation

Dans tous les pays, le programme accorde une place importante à la dimension de genre et s’efforce de lever les obstacles spécifiques qui empêchent les filles d’accéder à l’éducation. En plus des risques auxquels les garçons sont confrontés, les filles sont particulièrement exposées aux mariages précoces et aux grossesses, qui les contraignent souvent à abandonner l’école. Beaucoup se retrouvent alors enfermées dans une situation de dépendance économique et dans une vie marquée par le travail domestique non rémunéré.

Au-delà du retrait des filles du travail des enfants, le projet contribue à réduire les mariages et les grossesses précoces grâce à la mobilisation des communautés menée par les enseignant·e·s et à l’adoption de règles locales interdisant ces pratiques.

L’ensemble des intervenant·e·s du projet agissent de concert pour prévenir les mariages d’enfants. Lorsqu’une fille en âge scolaire est identifiée comme étant mariée, les autorités communautaires interviennent pour annuler le mariage et faciliter son retour à l’école.

Par ailleurs, les jeunes mères sont encouragées et accompagnées pour poursuivre leur scolarité. Comme le montre un témoignage récent du Zimbabwe, des écoles ont mis en place des mesures spécifiques, telles que des horaires flexibles pour les jeunes mères, tandis que les enseignant·e·s s’impliquent activement pour les soutenir.

L’amélioration des infrastructures sanitaires, la distribution de produits d’hygiène et la sensibilisation de l’ensemble de la communauté scolaire aux questions liées aux menstruations ont permis de réduire l’absentéisme qui y est associé.

Combinées à d’importantes actions de sensibilisation, ces mesures ont contribué à faire évoluer les mentalités : l’éducation des filles est de plus en plus perçue comme essentielle pour briser le cycle de la pauvreté, et leur présence à l’école tend à devenir la norme sociale.

Un plaidoyer réussi pour la construction d’un nouveau lycée à Bambilor

Au-delà des barrières sociales et des normes, l’insuffisance des infrastructures constitue un autre obstacle majeur au retour des enfants à l’école. Cette réalité est particulièrement flagrante à Bambilor, au Sénégal, où le lycée est passé de 200 à 1 200 élèves en seulement cinq ans, sans que les salles de classe puissent absorber cet afflux. Pour répondre à cette situation, une coalition de syndicats sénégalais a lancé une campagne en faveur de l’amélioration des infrastructures scolaires à Bambilor, en mobilisant autorités locales — notamment les chefs traditionnels et imams — ainsi que directions d’établissement, enseignants et parents. Grâce à cette mobilisation, l’Association des parents d’élèves a pu adresser une pétition au Président et au Premier ministre du Sénégal, qui y ont répondu favorablement.

La construction d’un nouveau lycée moderne est en cours. Une fois achevé, il figurera parmi les établissements les mieux équipés du pays. Avec l’appui de ce projet syndical, les élèves de Bambilor ne seront plus confrontés aux conditions précaires et à la surpopulation des classes qui avaient contraint nombre d’entre eux à abandonner l’école pour entrer dans le monde du travail. Une avancée majeure dans la lutte contre le travail des enfants.

Des résultats mesurables vers l’élimination du travail des enfants

Dans chacun des pays concernés, les zones libres de tout travail d’enfant produisent des résultats probants. Au Malawi, dans les communautés où le projet a été mis en œuvre, le taux moyen de fréquentation scolaire est passé de 68 % à 86 %, tandis que le taux d’abandon a diminué de 14 % à 5 % sur la même période. Les inscriptions dans les zones ciblées ont augmenté de 20,6 % au Zimbabwe et de 27 % en Ouganda.

De nombreuses écoles font également état d’une amélioration des résultats scolaires. Au Burundi, par exemple, les écoles participantes ont enregistré un taux de réussite de 66,2 % pour l’année scolaire 2024-2025, contre 56,6 % au cours des deux années précédentes.

Dans tous les pays, l’initiative a démontré que le renforcement du rôle des enseignant·e·s et l’engagement des communautés locales et des autorités à travers le dialogue social favorisent davantage des changements de comportement durables que le simple financement des frais de scolarité.

Une étude indépendante commanditée par l’Internationale de l’Éducation a par ailleurs montré qu’il suffit en moyenne de 15 000 euros par an sur une période de trois ans pour développer une zone sans travail des enfants.

L’efficacité d’une approche centrée sur l’éducation et le rôle des enseignant·e·s dans la lutte contre le travail des enfants a été reconnue dans le Programme d’action de Marrakech, adopté lors de la 6ᵉ Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants en février 2026. Ce programme souligne que des écoles adéquatement financées et des enseignant·e·s motivés figurent parmi les facteurs les plus déterminants pour réduire le travail des enfants.

Le programme de l’Internationale de l’Éducation démontre que ces interventions sont non seulement réalisables, mais aussi particulièrement efficaces et rentables.