5e Conférence mondiale des femmes : la justice de genre au cœur de la lutte pour les droits des personnels de l’éducation
Dans de nombreuses régions du monde, la main-d’œuvre du secteur de l’éducation est majoritairement féminine. À la lumière de ce constat, les participantes à la 5e Conférence mondiale des femmes de l’Internationale de l’Éducation ont exploré la complexité de la dimension de genre qui sous-tend les difficultés professionnelles rencontrées par les personnels de l’éducation, en partageant des idées et en traçant la voie à suivre pour les femmes du secteur.
Comprendre la pénurie mondiale d’enseignantes et d'enseignants à travers une perspective de genre
À l’horizon 2030, 50 millions d’enseignantes et enseignants supplémentaires seront nécessaires à travers le monde pour garantir le droit fondamental de chaque enfant à l’éducation. La faiblesse des salaires par rapport à des professions comparables, les mauvaises conditions de travail, les charges de travail et la charge émotionnelle excessives, ainsi que le manque de respect de la société alimentent la crise des personnels dans le secteur de l’éducation. Ces facteurs ont un impact majeur sur une profession hautement féminisée, poussant nombre d’enseignantes et enseignantes expérimenté·e·s à quitter la profession et en découragent d’autres de l’intégrer.
Le deuxième jour de la Conférence mondiale des femmes de l’IE, Wangari Kinoti, responsable mondiale des droits des femmes et des alternatives féministes chez ActionAid International, a prononcé un discours liminaire très instructif sur la manière d'appréhender la pénurie d’enseignantes et enseignants sous l’angle du genre.
Kinoti a souligné que les enseignantes ne sont pas seulement des salariées au sein d'un système sous-financé, mais aussi des personnes qui soutiennent activement ce système grâce à leur travail, à leur temps, à leurs ressources émotionnelles et, bien souvent, à leur propre argent.
« La pénurie d’enseignantes et enseignants se situe au croisement de plusieurs enjeux. Il s’agit de savoir si les femmes continueront à être exploitées pour fournir des soins à moindre coût. Il s’agit de savoir si les fonds publics serviront les intérêts des créanciers ou ceux des communautés. Il s’agit de savoir si l’éducation est un droit ou une marchandise. Il s’agit de savoir si les enseignantes sont de simples exécutantes dociles des programmes scolaires ou des travailleuses intellectuelles jouissant d’une autonomie professionnelle. »
Wangari Kinoti, Responsable mondiale des droits des femmes et des alternatives féministes, ActionAid International
Coup de projecteur : santé et bien-être, montée de la misogynie en classe et sous-évaluation de l’éducation de la petite enfance
Les séances en petits groupes qui ont suivi ont exploré plus en détail les questions qui affectent spécifiquement les femmes dans l’éducation.
Les participantes ont ainsi discuté des défis liés à la santé et au bien-être au travail, en se concentrant sur les questions qui touchent les femmes dans toute leur diversité, telles que la santé mentale, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ainsi que les besoins de santé propres aux femmes en fonction des situations et des étapes de vie, notamment la grossesse et la récupération après l’accouchement, ou encore la ménopause. S’appuyant sur les données disponibles, la session a également mis en évidence des stratégies pour promouvoir la santé et le bien-être des femmes.
La montée de la misogynie chez les jeunes garçons et les jeunes hommes, tendance qui se retrouve dans toutes sortes de contextes, était également au cœur des débats. Les participantes ont évoqué dans quelle mesure ces attitudes affectent l’enseignement et l’apprentissage, la dynamique de la classe, ainsi que le bien-être et la sécurité des filles et des femmes. Elles ont également réfléchi aux options qui permettraient d’aider une profession à prédominance féminine à confronter et remettre en question la misogynie et ont discuté du rôle des syndicats dans l’élaboration des mesures politiques et la promotion d’environnements d’apprentissage et de travail sûrs et inclusifs.

En outre, les participantes ont abordé la sous-évaluation et le sous-financement structurels de l’éducation de la petite enfance. Elles ont passé en revue les normes de genre persistantes liées au travail de soins, à la maternité et au travail non rémunéré des femmes, ainsi que leur impact sur le statut, la reconnaissance et les conditions de travail des enseignantes et des personnels de soutien à l’éducation dans le secteur de l’éducation de la petite enfance. Des approches et des stratégies syndicales visant à défendre et améliorer les droits, le statut et les conditions des collègues dans ce secteur hautement féminisé ont été proposées.
Outils pratiques et renforcement des capacités
Une nouvelle boîte à outils élaborée par l’Internationale de l’Éducation en partenariat avec l’Initiative Sasakawa contre la lèpre a été officiellement présentée lors de la conférence. La boîte à outils a vocation à aider les personnels ainsi que les syndicats de l’éducation à favoriser des environnements d’apprentissage et de travail inclusifs, tout en s’attaquant à la stigmatisation et à la discrimination liées à la maladie de Hansen (la lèpre) et à d’autres handicaps liés à des problèmes de santé. La boîte à outils comprend des modules dédiés sur la lutte contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard des femmes et sur le rôle des personnels de soutien à l’éducation dans la promotion d’une éducation inclusive.
Les sessions de renforcement des capacités ont permis aux participantes de se familiariser avec les outils pratiques et les stratégies permettant de diriger avec bienveillance et dans un souci de bien-être, de s’organiser contre la violence et le harcèlement et de promouvoir l’égalité des genres à travers la négociation collective.
L’avenir de notre pouvoir : démocratie, participation des femmes et liberté syndicale
La deuxième journée de la Conférence mondiale des femmes de l’IE s’est refermée sur une note positive, avec des échanges instructifs et inspirants entre des dirigeantes de syndicats de l’éducation d’Amérique latine, abordant l’avenir du syndicalisme.
Le panel a proposé une réflexion collective sur l’avenir du mouvement syndical de l’éducation et, en particulier, sur l’influence fondamentale des femmes à cet égard. La discussion était centrée sur la participation des femmes, leurs expériences de leadership, la charge émotionnelle et le fardeau des soins qu’elles sont amenées à supporter, les stigmates et les pratiques patriarcales auxquels elles se heurtent, ainsi que les conditions nécessaires pour permettre à davantage de femmes de rester dans les syndicats et d’assumer des rôles de leadership.
Dans ce contexte, le panel a discuté du rôle du RED de Trabajadoras (Réseau des travailleuses de l'éducation d’Amérique latine) dans le renforcement de syndicats plus démocratiques et inclusifs et l’édification d’un mouvement syndical capable d’impliquer les jeunes générations. En conclusion, le panel a proposé une ouverture sur l’avenir à travers une réflexion sur ce à quoi le mouvement syndical devrait ressembler et sur les transformations nécessaires pour y parvenir, tout en considérant ce que nous voulons préserver de notre pratique pédagogique, indépendamment des transformations que le secteur de l’éducation pourra subir.