Journée mondiale des enseignantes et des enseignants : l’Internationale de l’Éducation et ses affiliés lancent un appel mondial pour défendre et valoriser la profession
Du Liban à l’Eswatini, de Singapour au Canada, les enseignant·e·s et leurs syndicats ont marqué cette journée du 5 octobre par un appel commun : investir dans la profession, la renforcer et protéger le droit à l’éducation.
Cette année, la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants coïncide avec le 60e anniversaire de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. A cette occasion, les syndicats de l’éducation du monde entier ont multiplié les initiatives – événements, déclarations et lancement de campagnes – mettant en avant à la fois les acquis de la profession et les défis auxquels les enseignantes et enseignants continuent de faire face. D’une seule voix, ils ont partagé un message sans équivoque : pour soutenir les enseignant·e·s, les témoignages de gratitude ne suffisent pas. Il faut des actions concrètes.
Un message de solidarité en provenance du Liban
C’est depuis une école au Liban, où les enseignant·e·s et les élèves sont confronté·e·s à la guerre, aux déplacements forcés, à l’incertitude et au deuil, que Mugwena Maluleke, président de l’Internationale de l’Éducation, a célébré la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants. Dans son message, il a placé cette date sous le signe de la solidarité et de la paix.
« La Journée mondiale des enseignantes et des enseignants est censée être un jour de célébration. Pourtant, alors que je me trouve ici au Liban, parmi des enseignantes, des enseignants et des élèves qui ont connu la guerre, les déplacements, l’incertitude et le deuil, cette journée nous rappelle également une vérité fondamentale : la survie de l’éducation, nous la devons au courage de celles et ceux qui refusent de baisser les bras. »
Rendant hommage aux enseignantes et enseignants qui continuent d’exercer leur métier dans des circonstances extrêmement difficiles, M. Maluleke a souligné que les personnels de l’éducation « protègent l’avenir » et qu’on ne peut leur demander de porter ce fardeau seuls. Il a appelé les gouvernements à investir dans l’enseignement public, à protéger les droits des personnels enseignants et à veiller à ce que tous les enfants puissent apprendre en toute sécurité, dans la dignité et la paix.
S’adressant aux syndicats et aux travailleurs et travailleuses du secteur de l’éducation au Liban, il a réaffirmé la solidarité internationale qui unit les personnels de l’éducation :
« Solidarité n’est pas charité. La solidarité est une lutte commune. La solidarité, c’est le pouvoir collectif. »
Les enseignantes et enseignants doivent avoir leur place à la table
Au siège de l’UNESCO à Paris, le secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation, David Edwards, a participé à la célébration officielle de la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants, qui commémorait le 60e anniversaire de la Recommandation.
Il a évoqué le rôle joué par l’Internationale de l’Éducation pour représenter les enseignant·e·s, faire entendre leurs préoccupations, transmettre la sagesse collective de la profession, sensibiliser les responsables politiques et le grand public et mettre en place les structures nécessaires à un dialogue social constructif.
M. Edwards a également souligné l’importance de préserver la dimension humaine de l’éducation à une époque de plus en plus conditionnée par l’intelligence artificielle et les évolutions technologiques.
« Les enseignants et enseignantes doivent réellement occuper une place centrale », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que les systèmes éducatifs doivent renforcer la relation élève-enseignant·e plutôt que la remplacer.
Pour l’avenir, il entrevoit un monde où la précarité serait abolie et où les enseignant·e·s seraient universellement reconnu·e·s comme des professionnel·le·s dont la mission fondamentale est d’aider la société à faire face aux défis auxquels elle est confrontée, tels que les conflits, les inégalités et le changement climatique.
Améliorer la condition des enseignant·e·s, c’est promouvoir la justice de genre
Cassandra Hallett, secrétaire générale adjointe de l’Internationale de l’Éducation, a saisi l’occasion de la Journée mondiale pour attirer l’attention sur les enjeux de genre liés à la profession enseignante.
« À l’occasion de la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants, les remerciements ne suffisent pas. Les gouvernements doivent agir dès maintenant pour revaloriser le statut de notre profession. »
Mme Hallett a fait observer que les femmes, qui constituent la majorité du corps enseignant à l’échelle mondiale, subissent de manière disproportionnée les conséquences des politiques d’austérité et du sous-investissement dans l’éducation publique.
« S'engager aux côtés des enseignantes et enseignants, c’est reconnaître et soutenir les femmes qui font vivre nos systèmes éducatifs partout dans le monde. Il ne peut y avoir d’éducation de qualité sans égalité. Il ne peut y avoir de profession forte sans la pleine participation et le leadership des femmes enseignantes. »
Afrique : renouveler les engagements envers les enseignant·e·s et l’éducation publique
Dennis Sinyolo, directeur du Bureau régional africain de l’Internationale de l’Éducation, a pris la parole lors de la Conférence panafricaine de l’Union africaine sur la formation des enseignant·e·s qui s’est tenue à Mbabane, en Eswatini, du 5 au 7 octobre.
Il a rappelé aux participant·e·s que, six décennies après l’adoption de la recommandation UNESCO/OIT, les personnels de l’éducation continuent d’être trop peu valorisés, sous-rémunérés et insuffisamment soutenus.
« Aussi, la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants est-elle pour nous l’occasion de réaffirmer notre engagement collectif en faveur des droits, du statut, de l’autonomie professionnelle, des conditions de travail et du bien-être des enseignantes et enseignants partout dans le monde. »
Appelant au renforcement des investissements publics dans l’éducation, dans le cadre de la campagne La force du public : Ensemble on fait école ! de l’IE, il a souligné que chaque enfant devrait pouvoir apprendre dans une salle de classe sûre et adéquatement équipée, sous la conduite d’un·e enseignant·e qualifié·e et soutenu·e.
M. Sinyolo a, par la même occasion, réitéré une revendication clé des syndicats : « Rien pour nous sans nous ! »
Il a conclu son intervention par un appel au ralliement qui s’adressait tant aux gouvernements qu’aux parties prenantes du secteur de l’éducation : « Voir GRAND, planifier en GRAND, investir en GRAND, agir en GRAND, réaliser en GRAND. »
L’Union africaine, pour sa part, a mis l’accent sur l’innovation, la mobilité des personnels enseignants, l’intelligence artificielle, l’inclusion et l’excellence professionnelle comme éléments essentiels pour remédier à la pénurie du personnel enseignant et renforcer la profession à l’échelle du continent.
En Côte d’Ivoire, le Mouvement des enseignants du primaire et du secondaire de Côte d’Ivoire (MEPS-CI), affilié à la Fédération des organisations syndicales de l’éducation-formation de Côte d’Ivoire (FOSEF-CI), a lancé un appel en faveur d’un renforcement des investissements dans l’éducation, d’une amélioration de la sécurité et de la protection des enseignant·e·s, ainsi que d’une reconnaissance accrue de la contribution des personnels de l’éducation à la société.
En Afrique du Sud, le South African Democratic Teachers Union (SADTU) a rendu hommage non seulement aux enseignantes et enseignants, mais aussi aux chargé·e·s de cours, aux personnels de soutien à l’éducation, aux personnels spécialisés dans le développement de la petite enfance et à l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur de l’éducation à travers tout le pays.
Asie-Pacifique : protéger les droits et la voix professionnelle des enseignant·e·s
Au Népal, Hansa Bahadur Shahi, président de la Nepal National Teachers’ Association (NNTA), a déclaré : « À l’occasion de cette Journée mondiale des enseignantes et des enseignants, nous défendons un système d’enseignement public bénéficiant d’un financement intégral et dans lequel les droits syndicaux sont respectés. Soutenir les enseignantes et les enseignants, c’est protéger l’enseignement public, financer pleinement la profession et veiller à ce que les enseignantes et les enseignants occupent une place centrale dans l’élaboration des politiques. Unissons-nous pour renforcer notre syndicat, afin d’assurer l’avenir de notre profession. Nous appelons le gouvernement à agir. »
À Singapour, le syndicat Singapore Teachers’ Union (STU) a célébré simultanément la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants et son 80e anniversaire. À cette occasion, le syndicat a réaffirmé son engagement à protéger les droits des enseignant·e·s, à promouvoir leur bien-être, à respecter leur jugement professionnel et à veiller à ce que la voix des personnels de l’éducation soit entendue.
Le syndicat a souligné que « derrière l’avenir de chaque élève se trouve un ou une enseignant·e qui fait la différence ».
Europe : démocratie, conditions de travail et éducation publique
Partout en Europe, les organisations membres ont établi un lien entre la défense des enseignant·e·s et les luttes plus larges en faveur de la démocratie, de l’éducation de qualité et de la justice sociale.
En France, le Syndicat des enseignants – Union nationale des syndicats autonomes (SE-UNSA) a souligné que les hommages rendus aux enseignant·e·s devaient aller de pair avec l’amélioration de leurs conditions de travail et la mise à disposition des ressources nécessaires pour qu’ils et elles puissent exercer efficacement leur métier.
En Allemagne, les syndicats Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft (GEW) et Verband Bildung und Erziehung (VBE) ont marqué l’anniversaire de la recommandation UNESCO/OIT en soulignant le rôle crucial des enseignantes et enseignants dans la défense de la démocratie. « La démocratie doit s’apprendre, se vivre et être défendue chaque jour », ont fait valoir les leaders syndicaux, tout en insistant sur le fait que pour s’acquitter de cette responsabilité, les enseignantes et enseignants ont besoin d’un soutien politique, d’une protection et de ressources suffisantes.
Les syndicats ont également appelé à des investissements accrus dans les établissements scolaires, de meilleures conditions de travail et une participation effective des enseignant·e·s à l’élaboration des politiques éducatives.
En Espagne, la Confederación de Sindicatos de Trabajadoras y Trabajadores de la Enseñanza (STEs) a dénoncé le peu de reconnaissance accordé à la profession et a réclamé une augmentation des investissements publics, une réduction du nombre d’élèves par classe, de meilleures conditions de travail, un soutien accru en matière de santé mentale et un véritable dialogue social avec les personnels de l’éducation.
Les revendications du syndicat turc Eğitim Sen portaient, pour leur part, sur la pleine mise en œuvre des normes internationales relatives à la condition du personnel enseignant, des salaires décents, l’autonomie professionnelle, la sécurité de l’emploi, l’égalité de genre et un financement accru de l’éducation publique.
Amérique latine : solidarité et services publics
En Argentine, la Confederación de Trabajadores de la Educación de la República Argentina (CTERA) s’est jointe aux syndicats du monde entier pour célébrer le 60e anniversaire de la Recommandation concernant la condition du personnel enseignant et pour rendre hommage aux enseignantes et enseignants pour leur contribution à la société.
En Colombie, la Federación Colombiana de Trabajadores de la Educación (FECODE) a marqué cette journée en rendant hommage aux chef·fe·s d’établissement dont le leadership pédagogique contribue à façonner l’avenir du pays.
En Équateur, l’ Unión Nacional de Educadores (UNE) a pris part à la conférence fondatrice de l’Alliance régionale contre les géants de la Big Tech dans les services publics. Les participant·e·s ont examiné l’influence croissante des grandes entreprises technologiques dans les services publics et ont réaffirmé que la transformation numérique devait respecter les droits des travailleurs et travailleuses et l’intérêt général.
« La technologie ne peut pas être placée au-dessus des droits. Les services publics ne sont pas une entreprise. »
Amérique du Nord : les voix des enseignant·e·s comptent
Au Canada, la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE) a partagé ce message : « Enseignantes et enseignants : merci d’éclairer notre avenir ! », reconnaissant par-là même le rôle que jouent les enseignant·e·s pour éveiller la curiosité, renforcer la confiance en soi et aider les jeunes à s’épanouir.
En Haïti, la Fédération nationale des syndicats en éducation (FENASE) a appelé à la mise en application de l’accord signé le 20 janvier 2025, à l’amélioration des conditions de travail et à la régularisation des enseignant·e·s qui attendent toujours leur lettre de nomination officielle.
Dans un communiqué, la FENASE a en outre alerté sur la précarité persistante dans le secteur éducatif et a appelé à une nouvelle mobilisation autour des revendications des personnels enseignants. La fédération a également salué les efforts des enseignantes et enseignants qui continuent à travailler dans des conditions difficiles pour assurer l’éducation des élèves haïtiens.
Aux États-Unis, l’American Federation of Teachers (AFT) a souligné l’importance d’associer les enseignant·e·s aux décisions relatives aux programmes scolaires et aux technologies utilisées en classe, dans la mesure où « ce sont les enseignant·e·s qui connaissent le mieux leurs élèves ».
De même, Princess Moss, présidente de la National Education Association (NEA), a souligné le lien entre les droits des enseignant·e·s et ceux des élèves : « Sans enseignant·e·s dotés des capacités d’action nécessaires, il ne peut y avoir d’éducation de qualité. Nous devons nous assurer que les enseignant·e·s bénéficient du respect, de la dignité et d’une voix réelle dans 0les décisions qui concernent l’éducation ».
Un mouvement mondial de soutien à la profession enseignante
Partout dans le monde, la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants 2026 a été bien plus qu’une simple célébration. Elle a rappelé qu’une éducation de qualité repose sur des personnels enseignants qualifiés, soutenus, respectés et bénéficiant des moyens d’agir.
Soixante ans après l’adoption de la recommandation UNESCO/OIT, le message de l’Internationale de l’Éducation et de ses organisations membres reste plus urgent que jamais : soutenir les enseignantes et les enseignants, c’est investir dans l’avenir de l’éducation, de la démocratie et de la justice sociale pour toutes et tous.