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Haïti: front syndical pour un enseignement public de qualité, le dialogue social et un statut des enseignant·e·s du privé

Malgré les nombreux obstacles, les affiliés haïtiens de l’Internationale de l’Education mènent campagne unis pour une éducation publique de qualité, l’installation d’un dialogue avec le Ministre de l’Education, et travaillent à un statut pour les enseignant·e·s du secteur privé.

 

En août 2018, les quatre organisations membres de l’Internationale de l’Education (IE), à savoir la Fédération nationale des travailleurs en éducation et en culture (FENATEC), la Konfederasyon Nasyonal Anseyan Dayiti (CNEH), l’Union nationale des normaliens d'Haïti (UNNOH) et l’Union nationale des normalien·ne·s et éducateur·rice·s d’Haïti (UNNOEH), se sont accordés sur l’organisation d’une campagne dans les différentes régions d’Haïti pour un enseignement public de qualité, l’instauration d’un dialogue social avec le Ministre de l’Education, et le renforcement des syndicats et du nombre de leurs affilié·e·s.

Cette campagne, soutenue par l’IE, a été réalisée en septembre 2018 au travers d’assemblées générales d’enseignant·e·s et un plan de communication vis-à-vis des médias. Elle a confirmé de fortes attentes chez les enseignant·e·s qui veulent se mobiliser.

Une liste des revendications transmise au ministre

A la fin de la tournée, en se basant sur les demandes venant de la base, les syndicats ont fait une liste des revendications des enseignant·e·s. Dans cette liste, des doléances nouvelles sont apparues, telles que l’assainissement de l’environnement des écoles publiques et privées, la construction de laboratoires et de réfectoires dans les écoles, ou la création des  lycées techniques et professionnels dans chaque département géographique du pays.

En décembre 2018, la liste a été transmise au ministre de l’Education, sans avoir reçu de réponse ou commentaire à ce jour.

En janvier 2019, à l’appel de la Plateforme des Syndicats d’Enseignants Haïtiens (PSEH), à laquelle appartiennent la CNEH et l’UNNOEH, deux journées de grève des enseignant·e·s se sont tenues les 28 et 29 janvier sur tout le territoire national pour forcer le ministre à répondre à leurs revendications, relancer la mobilisation pour l’obtention de leurs arriérés de salaires, l’ajustement des salaires et l’amélioration générale des conditions de travail dans le secteur éducatif.

Les associations d’élèves et d’autres groupes d’enseignants comme l’UNADEPH ont exprimé leur soutien à ce mouvement de revendication lancé par la PSEH.

Une autre journée de grève a par la suite été organisée par la plateforme le 11 février.

Un contexte national difficile

Les syndicats poursuivent donc leurs efforts dans un contexte très compliqué.

Les affiliés dénoncent notamment la corruption et les scandales financiers qui touchent les autorités publiques.

Par ailleurs, le taux de change par rapport au dollar qui n’a jamais été aussi défavorable amène des tensions quant à l’accès aux produits de première nécessité. Il y a par exemple eu des ruptures d’approvisionnement en essence et électricité, qui ont laissé le pays paralysé pendant quelques jours. Ces conditions de vie très difficiles sont à l’origine de manifestations massives de la population depuis plusieurs mois, par intermittence.

Dès que la situation sociale le permettra, l’IE soutiendra d’autres actions conjointes via la campagne pour l’enseignement public de qualité et un véritable dialogue avec les autorités publiques.

Un statut pour les enseignant·e·s du privé

En 2015, une résolution pour la mise en place d'un cadre légal régissant les conditions de travail dans le secteur non public de l'enseignement en Haïti et une campagne en faveur de la syndicalisation dans ce secteur a été adoptée au Congrès mondial de l’IE réuni à Ottawa, au Canada.

Les syndicats de l’éducation haïtiens travaillent à la réalisation de cette résolution visant à améliorer la situation des travailleur·euse·s dans les écoles privées, où sont inscrit·e·s  environ 80 % des élèves, et où la lutte pour les valeurs qui relèvent de l’école publique est rendue plus difficile.

Une recherche commissionnée par l’IE en application de cette résolution a été effectuée en 2018 par Jean Gédéon. Ce dernier s’est rendu dans plusieurs dizaines d’écoles privées pour obtenir une image de la situation des enseignant·e·s du secteur privé: formation des enseignant·e·s, leurs diplômes, leurs salaires, leurs droits aux congés, la négociation des contrats de travail, etc. La recherche a été menée dans différentes régions, différents types d’écoles privées, avec des enseignant·e·s et directeur·rice·s d’école.

Un deuxième chercheur, juriste, Pierre Enocque François, a lui été chargé de préparer un texte de loi portant création d’un statut des enseignant·e·s du privé, texte sur lequel les quatre syndicats membres de l’IE ont donné leurs avis. Une fois finalisé, le projet de loi sera soumis à la Commission de l’Education de l’Assemblée nationale haïtienne, assemblée qui pourrait donc très bientôt voter ce statut qui doit amener à un renforcement des syndicats et une amélioration de la condition des enseignant·e·s du privé.

Une fois ce statut adopté, la route apparaît néanmoins encore longue pour que les syndicats obtiennent son application réelle. Ceux-ci déplorent d’ailleurs vivement que le statut des enseignant·e·s du public déjà adopté ne soit pas appliqué par les pouvoirs publics nationaux compétents.