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Photo: Girl Rising
Photo: Girl Rising

#IWD2019 #Education Voices : « L’éducation des filles est cruciale: comment vous pouvez contribuer à changer le monde », par Kayce Jennings

Écrit par: Kayce Freed Jennings Publié 5 mars 2019 Mis à jour 7 mars 2019

C’est vrai: l’éducation des filles changera le monde. Nous le savons. Alors pourquoi 130 millions de filles ne sont-elles toujours pas scolarisées et que pouvons-nous faire pour y remédier? Que pouvez-vous faire vous, en tant qu’éducateur·rice·s, pour changer cet état de choses? Que peuvent faire vos étudiant·e·s?

Au sein de Girl Rising, nous utilisons le pouvoir de la narration pour changer les esprits, les comportements et les vies. En travaillant avec d’autres (garçons, filles, hommes, femmes, organisateurs locaux, leaders communautaires et religieux, éducateurs), nous nous efforçons de changer la manière dont le monde voit les filles et dont les filles se voient elles-mêmes afin que chacune d’entre elles puisse participer à l’égal des garçons à la société.

Soit dit en passant, lorsque nous avons commencé, nous n’étions pas des expert·e·s. Il y a dix ans, nous étions un petit groupe de journalistes et de réalisateur·rice·s de documentaires, engagés pour mener une étude sur la pauvreté dans le monde et totalement inconscient·e·s de ce que nous allions découvrir. Mais lorsque nous avons appris ce qu’était le pouvoir de transformation découlant de l’éducation des filles, nous savions que nous tenions notre histoire: énorme, fascinante, incroyablement importante et irrésistible. Et nous savions que nous devions la raconter de façon à en inspirer d’autres comme elle nous avait inspiré, pas seulement pour nous en préoccuper, mais aussi pour agir.

La raison en est simple.

Comme nous l’avons appris, les obstacles auxquels se heurtent les filles sont véritablement dantesques et complexes: mariage des enfants, violence sexiste, traite, esclavage domestique, pauvreté, traditions culturelles et religieuses, pour n’en citer que quelques-uns. Mais nous avons également appris que si nous parvenons à abattre ces obstacles, à trouver des solutions pour scolariser les filles et les garder à l’école, un changement extraordinaire se produit pour les filles, leur famille, leur communauté, leur pays et le monde. Les faits sont aussi clairs que stupéfiants: les filles éduquées se marient plus tard, ont des enfants moins nombreux mais en meilleure santé, éduquent leurs enfants (garçons et filles, qui, à leur tour éduqueront leurs garçons et leurs filles), sont indépendantes, gagnent plus d’argent, etc., etc. Comme d’autres beaucoup plus sages que moi l’ont dit, « L’éducation des filles n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est la chose intelligenteà faire ».

Voilà donc le but de Girl Rising: nous convaincre tou·te·s que c’est la bonne chose et la chose intelligente à faire. Et nous responsabiliser tou·te·s pour contribuer à ce changement.

Girl Rising opère au niveau mondial et local. Notre outil essentiel et le plus puissant est notre film, Girl Rising, qui raconte neuf histoires de filles qui se heurtent aux obstacles à leur éducation (il a été sous-titré et doublé en près de 30 langues). Ces histoires parlent de défis, certes, mais surtout elles parlent de potentiel, de possibilité et d’espoir. Elles nous parlent de filles comme Azmera, en Ethiopie, qui était destinée à être une épouse-enfant et qui, soutenue par son frère, dit « non ». Senna découvre la poésie et l’ambition dans la pauvreté et la misère effarantes d’une communauté péruvienne d’extraction d’or. La jeune Wadley, de Haïti, demande à rester à l’école, alors que sa mère ne peut plus acquitter les frais de scolarité après la perte de leur maison dans un tremblement de terre. Et, à l’occasion de cette Journée internationale des femmes, nous présentons un tout nouveau court-métrage, Brave Girl Rising, qui raconte l’histoire de Nasro, une Somalienne de 17 ans qui grandit dans un camp de réfugié·e·s kényan·ne·s où le danger est encore plus grand, les opportunités plus rares et les obstacles plus insurmontables. Persévérantes, résilientes et déterminées, chacune de ces filles représente ce qui peut être et ce qui devrait être.

Girl Rising collabore avec des partenaires du monde entier pour utiliser ces histoires, d’autres récits similaires (dont beaucoup sont réalisés au niveau local) et les ressources éducatives que nous élaborons autour de ces histoires, pour promouvoir l’éducation des filles et entraîner un changement au niveau local. Nous avons travaillé avec des partenaires en Inde, où nous avons produit une version en hindi du film et un programme de sensibilisation à la dimension de genre. Dans le nord du Nigeria, nos partenaires ont produit des films locaux pour illustrer les récits de Girl Rising. En République démocratique du Congo, notre film a été traduit en quatre langues et visionné dans des villages ruraux. Au Pakistan et en Thaïlande, notre projet pilote encourage des filles à poursuivre leurs rêves et, plus récemment, nous avons lancé au Guatemala une initiative qui promeut une éducation de qualité pour toutes les filles.

Et puis, il y a le Girl Rising Educators, le programme le plus cher à mon cœur. Conçu pour soutenir les éducateur·rice·s, où qu’ils soient, qui désirent faire connaître Girl Rising à leurs communautés. Outre les histoires du film, cette initiative inclut un programme scolaire gratuit (disponible en anglais, en français et en espagnol) pour les étudiant·e·s de 10 à 18 ans environ, un livre pour des jeunes adultes, un groupe Facebook très international et un portail internet où les enseignant·e·s peuvent échanger des idées et apprendre ce que font les autres.

En tant que directrice de GR Educators, j’ai le privilège de visiter, de temps à autre, des salles de classe (en personne ou virtuellement) et je vois comment les étudiant·e·s de partout, filles et garçons, en Amérique du Nord, en Afrique de l’Ouest ou en Asie du Sud, qu’ils rencontrent ces obstacles ou non, réagissent aux histoires de Girl Rising. Je suis éblouie par leur enthousiasme, leur curiosité et la manière dont ils s’associent sans effort avec les filles du film en dépit de la distance géographique et culturelle. Je suis inspirée par leur désir d’explorer le monde par-delà leurs frontières et les questions complexes qui influencent l’éducation des filles. Je puise de l’énergie à les voir assumer leur citoyenneté mondiale, à les voir découvrir leur propre voix et à voir croître leur foi en leur pouvoir de provoquer des changements. Et je suis revigorée de les voir s’engager ensemble, comme je l’ai fait lorsque je me suis « incrustée » dans une conversation récente sur Zoom entre des adolescentes iraniennes et des lycéens californiens. Ce que j’observe dans ces salles de classe du monde entier est la raison pour laquelle je crois en l’avenir.

Rien de tout cela ne peut arriver sans vous, éducateur·rice·s et dirigeant·e·s passionné·e·s des quatre coins du monde, qui présentez Girl Rising à vos étudiant·e·s, dans vos écoles, vos districts et vos associations. Il va sans dire que j’espère que vous rejoindrez notre communauté croissante de GR Educators, forte de 7.000 membres et représentant plus de 130 pays. Vous êtes essentiels à ce mouvement en faveur des possibilités d’éducation et de l’égalité des genres, parce que c’est grâce à vous que nous atteignons les jeunes et c’est grâce à des jeunes responsabilisés, comme celles et ceux des histoires que nous racontons dans Girl Rising,qu’un changement va certainement se produire.

C’est vrai: éduquer les filles va changer le monde.

Ce blog fait partie d’une série spéciale publiée à l’occasion de la célébration de la journée internationale des femmes 2019 et qui met en avant les questions de genre et d’éducation, en lien avec le thème et les sous-thèmes du 8èmecongrès mondial de l’Internationale de l’Education qui se tiendra du 19 au 26 juillet 2019 à Bangkok, en Thailande.

Lire le blog précédent de la série : " Le rôle de l'éducation dans la lutte de l'Afrique du Sud contre la violence sexiste", par Dorcus Sekabate.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.