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La communauté enseignante prête à jouer un rôle actif dans la transformation de l’éducation en Amérique du Nord et dans les Caraïbes

Publié 26 janvier 2024 Mis à jour 5 février 2024

« Au cours de ces prochains jours, nous allons déployer ici ensemble toute une série d’activités variées, mais notre but fondamental consistera à réfléchir, apprendre mutuellement et planifier les moyens d’encourager nos membres à jouer un rôle actif dans la transformation de l’éducation dans cette région vaste et diversifiée. »

Tel est l’appel lancé par la présidente de l’Internationale de l’Éducation (IE), Susan Hopgood, aux responsables des syndicats de l’éducation de 27 pays réuni·e·s à Mérida, au Mexique, du 22 au 24 janvier, pour participer à la Conférence régionale de l’IE pour l’Amérique du Nord et les Caraïbes.

« Face aux opportunités et aux risques que rencontrent nos syndicats, nos membres et nos élèves, nous sommes toutes et tous particulièrement motivés à travailler ensemble. Nous entendons, voyons et expérimentons sur le terrain les leçons du monde réel, désormais indissociables de nos vies professionnelles : l’économie de l’équité et de l’inclusion face à la pauvreté et l’austérité, les études sociales des responsables politiques qui dressent les communautés contre les écoles et les syndicats, l’augmentation de la charge de travail et les pénuries massives d’enseignantes et enseignants. » C’est en ces termes que Susan Hopgood a prononcé son discours d’ouverture à la conférence, inaugurée par la secrétaire à l'Éducation publique du Mexique, Leticia Ramírez Amaya, et placée sous le thème Relever les défis de l’avenir avec des solutions qui renforcent enseignement public.

Susan Hopgood a ajouté : « Les problèmes que vous rencontrez semblent principalement locaux, mais nous savons qu’ils sont régionaux, et nous devons comprendre qu’ils sont également mondiaux. Et je ne vous apprendrai rien en vous annonçant que les ressources nécessaires au secteur public pour répondre aux besoins fondamentaux des populations ne cessent de diminuer. »

Ce ne sont pas les ressources qui manquent pour financer l'enseignement public, mais la volonté politique.

Elle a ajouté que ce ne sont pas les ressources qui manquent pour financer l’enseignement public, mais bien la volonté politique de faire de l’éducation la priorité dont le monde a besoin : « Nous devons nous assurer que les financements publics soient affectés aux biens publics, afin que chaque élève puisse bénéficier d’une enseignante ou d’un enseignant qualifié, suffisamment soutenu et ayant suivi une formation professionnelle dans un environnement d’apprentissage de qualité. Notre réponse sera toujours la même : faire ce que nous faisons le mieux. Mobilisons-nous. »

Susan Hopgood a également rappelé que, pour la toute première fois, un Groupe de haut niveau des Nations Unies a examiné le rôle des enseignant·e·s, ainsi que les structures d’encadrement qui leur sont nécessaires pour exercer leur profession. « Je suis fière, parmi les personnes qui vous représentent, d’avoir pu participer à ce groupe de haut niveau, composé de responsables de gouvernement, de ministres de l'Éducation, d’employeurs, de personnels enseignants, de responsables de syndicat et de membres de la société civile. Je suis très heureuse de vous annoncer que nous avons réalisé une percée considérable : votre message, notre message, a été adopté par un large consensus et sera utilisé par les Nations Unies pour mener le dialogue mondial sur l’éducation. »

Le groupe a déclaré que les personnels enseignants et de soutien à l’éducation devaient être mieux encadrés, valorisés et rémunérés à leur juste valeur, bénéficier d’une charge de travail et de conditions d’emploi qui renforcent leur bien-être mental et physique, et se voir offrir des salaires négociés et compétitifs par rapport à ceux de catégories professionnelles comparables, ajoutant qu’il fallait mettre un terme au recrutement d’effectifs non qualifiés ou contractuels.

Pour Susan Hopgood, l’objectif de l’IE et de ses organisations membres « n’est rien de moins qu’un nouveau contrat social qui puisse établir un lien entre la crise du financement et le monde durable que nous voulons créer ». Il s’agit là du fondement de la campagne de l’IE lancée l’an dernier La force du public : ensemble on fait école !

La présidente de l’IE a conclu en ces termes : « Le thème de cette conférence exprime clairement ce que nous souhaitons : ‘Relever les défis de l’avenir avec des solutions qui renforcent l’enseignement public’. Il n’existe qu’une seule voie pour faire de l’éducation inclusive de qualité un droit humain universel et une priorité. Il n’existe qu’une seule voie pour utiliser les ressources publiques au profit du bien public. Il n’existe qu’une seule voie pour bâtir un monde durable. Cette voie, c’est ‘relever les défis’ et mobiliser nos syndicats et nos communautés, afin de pouvoir forger un consensus durable pour la gouvernance démocratique, créer un secteur public dynamique et amener nos gouvernements à répondre à leur obligation de financer l’avenir à travers l’éducation de qualité. C’est notre défi et notre responsabilité. Mais c’est aussi notre force. »

Les syndicalistes de l’éducation s’unissent pour renforcer leur région

Dans son message de bienvenue, Alfonso Cepeda Salas, coordinateur de la région Amérique du Nord et Caraïbes de l’IE et secrétaire général du syndicat national des personnels de l’éducation (Sindicato nacional de trabajadores de la educación − SNTE) au Mexique, a déclaré : « La participation des responsables de nos syndicats nous permettra d’approfondir notre connaissance de nos pays respectifs, leurs défis et les objectifs déjà atteints, mais aussi de renforcer la région. »

Il a également souligné l’importance d’avancer des propositions pour défendre et financer l’enseignement public et a insisté sur l’appel urgent lancé aux gouvernements et aux acteurs économiques et sociaux, leur demandant d’investir dans l’enseignement public et les enseignant·e·s.

Un caucus des femmes a été organisé juste avant l’ouverture de la conférence régionale, modéré par Dianne Woloschuk, présidente du Comité de la promotion des femmes de l’IE. Parmi les principales préoccupations abordées durant ce caucus, elle a expliqué que les femmes du secteur de l’éducation sont les premières touchées par les pénuries d’effectifs, le sous-financement par les autorités et la violence dans les classes.

Sonnette d’alarme : la pénurie mondiale d’enseignant·e·s

Au cours de la deuxième journée d’activités, les leaders du monde enseignant ont mis en garde contre la pénurie mondiale d’enseignant·e·s qui ne cesse de s’accentuer, notamment en raison des bas salaires, de la charge excessive de travail, du stress sur le lieu de travail, de la violence exercée par les élèves à l’égard de leurs enseignant·e·s et du désengagement des gouvernements en matière d’enseignement public.

Il a été souligné que cette situation a été aggravée par la pandémie de COVID-19, qui a également causé des retards scolaires et des troubles psycho-émotionnels considérables au sein de la communauté éducative.

À cet égard, Alfonso Cepeda Salas, a mis en avant l’importance de la solidarité syndicale au niveau international pour relever les différents défis que rencontrent l’enseignement public et la communauté enseignante.

Il a également rappelé le combat quotidien que mènent les syndicats pour défendre les droits des personnels de l’éducation et les aider à utiliser les nouvelles technologies. Il a précisé que l’utilisation de l’intelligence artificielle selon des critères éthiques, rationnels et équitables, au bénéfice des élèves et des enseignant·e·s, était l’une des trois priorités pour l’éducation identifiées par les syndicats d’Amérique du Nord et des Caraïbes, les deux autres étant l’éducation inclusive et la professionnalisation des enseignant·e·s :

« L’intelligence artificielle arrive en force, mais aucun robot, aucune machine, quel que soit son degré de perfection, ne pourra remplacer les enseignantes et les enseignants. Rien ne peut remplacer ce lien émotionnel et affectif qui existe entre l’enseignante ou l’enseignant et ses élèves. Nous en sommes convaincus. »

Obstacles régionaux à l’éducation de qualité et au syndicalisme

Au cours de la table ronde « Approfondir la compréhension – Priorités régionales pour l’éducation publique financée par les pouvoirs publics », modérée par Randi Weingarten, membre du Bureau exécutif de l’IE et présidente de la Fédération américaine des enseignant·e·s (American Federation of Teachers – AFT), les participant·e·s ont signalé que certains gouvernements avaient provoqué une situation particulièrement déconcertante en raison du manque de soutien apporté à l’éducation et aux enseignant·e·s.

C’est notamment le cas à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, où plusieurs arrestations d’enseignant·e·s réclamant le respect de leurs droits professionnels ont été signalées.

Marjolaine Perreault, membre du Bureau exécutif de l’IE et représentante de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a expliqué que, dans la province canadienne du Québec, après une mobilisation syndicale massive, neuf jours de grèves et de nombreuses semaines de négociations intensives, le Front commun, qui réunit autour de la table les syndicats québécois du secteur public et le gouvernement provincial, est parvenu à un accord de principe en vue du renouvellement des conventions collectives du secteur public fin décembre. Cet accord est actuellement entre les mains des syndicalistes.

« Nous avons conduit cette négociation en gardant toujours à l’esprit la nécessité d’améliorer les conditions de travail des personnels de notre l’enseignement public et de nos services de santé. Nous étions face à un gouvernement qui, tout en saluant publiquement la force de nos réseaux publics, se montrait particulièrement timide quant aux investissements et ressources nécessaires pour les renforcer. Outre les augmentations salariales, cet accord de principe apporte plusieurs améliorations à la convention collective, notamment en termes de congés, de régimes de retraite, d’assurances, de droits parentaux et d’autres avantages. »

Marjolaine Perreault a ajouté que la CSQ poursuivrait « sans relâche » ses campagnes et actions pour « rappeler au gouvernement et à la population l’importance de soutenir adéquatement nos services publics, lesquels représentent un véritable atout pour notre société, comme en témoigne l’importante campagne de l’IE La force du public : ensemble on fait école ! »

Elle a ensuite remercié toutes les organisations membres de l’IE qui ont envoyé des lettres pour faire pression sur le Premier ministre québécois ou des messages de solidarité à son organisation syndicale.

Une personne représentant Haïti a expliqué que les taux élevés de violence ont contraint plusieurs écoles à fermer leurs portes et que l’on ignore la situation dans laquelle se trouvent actuellement les élèves qui fréquentaient les établissements concernés. C’est pourquoi l’IE a lancé un appel à la solidarité avec Haïti, pays où les enseignant·e·s se trouvent également dans une situation critique.

Becky Pringle, présidente de l’Association nationale de l’éducation (National Education Association − NEA) et membre du Bureau exécutif de l’IE, a également souligné l’importance de collaborer avec les autres affiliés de l’IE dans la région, afin de protéger et renforcer l’enseignement public.

Sans les enseignant·e·s, rien n’est possible

Le 24 janvier, troisième et dernier jour de la conférence, les enseignant·e·s ont célébré la Journée internationale de l’éducation.

Angelo Gavrielatos, représentant la campagne de l’IE La force du public : ensemble on fait école ! a demandé instamment aux participant·e·s de se mobiliser en vue de dynamiser cette campagne appelant les gouvernements et les institutions financières et intergouvernementales internationales à investir davantage dans l’éducation − un droit humain et un bien public − et dans les enseignant·e·s du monde entier.

Rappelant les chiffres de l’UNESCO faisant état d’une pénurie mondiale de 44 millions d’enseignant·e·s rien que pour l’enseignement primaire et secondaire, il a déclaré : « Il est temps d’accroître les investissements dans les écoles publiques et leurs personnels enseignants. Et il n'y a aucune excuse. Si le droit à l'éducation est refusé aux filles, aux garçons et aux jeunes, il ne leur sera plus jamais possible de le recouvrer ».

Angelo Gavrielatos a également attiré l’attention sur la nécessité d’embaucher plus d’enseignant·e·s, d’élaborer des stratégies pour les maintenir dans la profession et d’améliorer le statut de la profession enseignante en offrant des salaires compétitifs, en respectant les droits du travail et en encourageant la professionnalisation des effectifs.

Il a ensuite souligné : « Les femmes sont les plus désavantagées et nous devons nous rappeler que ce sont nos collègues féminines qui composent majoritairement nos syndicats. Nous devons nous organiser car les emplois précaires nous fragilisent. Et sans personnels enseignants, rien ne peut fonctionner. »

Dans sa conclusion, Alfonso Cepeda Salas a déclaré : « Les contributions extraordinaires de celles et ceux qui ont participé à cette conférence régionale nous ont amenés à réfléchir au rôle pertinent que doivent jouer les syndicats avec responsabilité, en vue de défendre les plus belles causes de nos pays, protéger l’enseignement public et faire respecter les droits des personnels de l’éducation. C’est avec plus de force encore que notre région sera présente au 10e Congrès mondial de l’IE, convoqué à Buenos Aires, en Argentine. »